Gumri, ville glauque

•mai 22, 2009 • Laisser un commentaire

Voilà deux semaines bientôt que je suis arrivé à Gumri, et mon travail n’avance que très peu. En ce qui concerne la ville je vous faire un petit report spécial, car cela en vaut la peine. Mon environnement n’est pas prêt de la nature, pas de végétation, pas moyen de se ressourcer et tout cela dans une atmosphère des plus glauque. Cette ville qui a été ravagée par le tremblement de terre, qui est le théâtre de touts les moyens de corruption est morose et bien que vingt années se sont écoulées depuis la catastrophe, on sent que aucun nouveau départ n’est pris ni déclenché. Beaucoup de financements sont parvenus dans les poches des gens d’influence, et Dieu seul sait la taille de leurs poches. C’est accablant et la voie humanitaire est encore présente. Les gens sont placés dans une logique d’assistance, de quoi agrémenter mon sujet de mémoire certes, mais cela n’est pas réjouissant ni de bonne augure car il n’existe ici aucune perspective d’emploi! La seule entreprise qui existe véritablement est celle de la bière (c’est déjà ça) et par conséquent les habitants peuvent noyer leur ressentiment à l’égard de ceux qui les ont trompés. Depuis 20 ans il n’y a ni changement, ni amélioration des conditions de vie, pis encore nombreux sont les foyers qui n’ont toujours pas été relogés. Comment est-il possible de maintenir dans un climat de crise une région qui s’est stabilisée depuis l’effondrement du bloc soviétique?

Les ressources humaines et financières ont été allouées à une guerre, celle pour le Kharabagh contre l’Azerbaïdjan. Ici règne une ambiance d’attente, mais on ne sait pas pourquoi. Plus de 60% de la population active est finalement au chômage, comment pouvons-nous appeler ça population active alors. Les jeunes n’ont que très peu de perspectives d’emploi après leurs études. Il n’y a pas d’activité et les autorités locales ne font rien pour changer la donne, pire encore tout est détourné!
Les seuls projets de développement sont à l’initiative de quelques rares ONG qui tentent d’insuffler une logique d’autonomie, dont KASA. Mais elle se heurte très vite à d’autres acteurs moins scrupuleux qui n’hésitent pas à utiliser tous les subterfuges pour arriver à leurs fins. En effet les ressources allouées au parrainage et à la réhabilitation de certains quartiers sont conditionnés par la conversion à la religion protestante ou à l’église apostolique. Ces acteurs ne lésinent pas sur les moyens: si vos enfants sont baptisés, alors c’est parfait recevez notre aide! C’est du sectarisme non dissimulé. Comment développer des activités qui permettent de développer des centres de formation, quand un centre religieux s’installe et proposera très bientôt les mêmes cours mais… gratuits! De quoi contribuer à maintenir ce climat de latence pour le néant. Cela m’attriste et je ne parviens pas à trouve de nouvelles voies pour contribuer à maintenir les activités de l’association. Les participants de cette organisation sont eux aussi placés sous le signe de l’humanitaire et la logique d’assistance. Très peu sont conscients que les subventions vont s’arrêter l’année prochaine normalement et qu’il faut absolument monter des projets qui permettront d’en trouver de nouvelles.

Heureusement un gars du Liechtenstein, un mec peu scrupuleux qui blanchit surement son argent continue de financer notre association. Je peux vous dire que j’en apprends peu sur la gestion de projet, mais beaucoup sur le monde réel du développement et des magouilles et des gens qui se tirent dans les pattes au lieu de contribuer véritablement au développement de la région!

C’est ici une situation de crise latente, à l’URD on a même pas pensé à ce type de crise, j’ai eu beau regarder à nouveau les schémas, mais aucun ne correspond à la situation de Gumri! Ce n’est ni un Hot Spot, comme le dirait Grunewald, ni une situation de crise que l’on considère au vu d’un conflit ou d’une épidémie, ici l’épidémie c’est le manque d’activité qui ronge les Gumresiens d’un point de vue psychologique. La transition de l’Arménie s’effectue je pense comme dans d’autres pays de la CEI, avec beaucoup de pots de vin et très peu de projets de développement. Les ressources et la propriété des moyens de production ne leur appartient quasiment plus, la Russie ayant raflé le peu de propriété industrielle. Pernot Ricard détient d’ailleurs pour votre information la fabrique de Cognac du pays, un très bon Cognac, mais je peux vous dire que je me battrais corps et âme pour qu’ils nous prennent pas celui de Charente! Je serais alors pris d’un nationalisme pour la mère patrie de la mouette bleue et la mouette verte!
Pour en revenir à des choses plus sérieuses, la transition a vraiment été un coup dur pour le pays bien que le pays de Hayk aie gagné son indépendance. La démocratie n’est pas installée, le système éducatif ne correspond pas réellement au nouvel ordre mondial, les productions ont été arrêtées et nombreux sont ceux qui sont nostalgiques du temps passé étant donné que des services sociaux existaient auparavant.

L’hostilité se fait remarquer sur nombreux points de vue et pourtant je félicité et je ne peux qu’admirer le travail qui est fait par mon association pour essayer de motiver les troupes comme on dirait par chez nous, de proposer des activités qui contribuent au développement humain et au dialogue entre les individus.

Beaucoup de sujets sociaux sont tabous, notamment la situation post crise, beaucoup étant mouillés à tous les niveaux et mon travail de recherche se transforme en véritable mission d’investigation car chaque information glanée est un réel exploit.

Enfin voilà un peu l’univers de mon stage pour la première partie, c’est un peu noir pour pas dire plus encore, mais j’en apprends beaucoup à évoluer dans un contexte tel quel!

Ce week end j’irai prendre quelques photos pour vous faire part de mon témoignage.

A bientôt

Inch ka tchika?

•mai 8, 2009 • 1 Commentaire

A peine arrivé dans l’appartement prété pour la semaine par l’association KASA, je retrouvais Arnaud, je découvrais Zina et je parlais à Tanguy par le plus grand des hasards…. Décidément que de coïncidences! Retrouvés autour d’une bonne bouteille de vodka abricot (enfin ce n’est même pas de la vodka, enfin pas comme on l’entend, disons qu’elle est bien à 70° celle-là héhé) enfin tout ça pour dire que la première journée de travail fut réellement difficile. Je découvrais donc les lieux, l’équipe, et donc le centre ESPACES où je passerai un bon mois et demi là bas à partir de la mi juin.

Je ne peux que saluer les membres de l’association, très enthousiastes et l’on est vite mis à l’aise. Vous ajoutez une bonne dose d’approche genre, dont je peux vous dire que c’est très sympa (1 garcon sur 10 charmantes filles )!

L’atmosphère me rappelle un peu la promo car l’état d’esprit est un peu le même, je parle au niveau du travail, pas du vieux papes! En effet tout le monde est solidaire avec tout le monde, la hierarchie ce n’est que sur le papier, et chacun a envie de participer à tous les projets faits dans le centre. Du coup c’est très motivant, surtout que la majeure partie de l’équipe se forme au fur et à mesure aux compétences telles que l’informatique ou même la méthodologie de projets.

Cette semaine j’ai pu animer un club français et un cours d’anglais, rigolez pas cela s’est bien passé en anglais enfin disons que l’on peut toujours progresser! Aussi je participe activement au comité de gestion du centre ESPACES, ce qui permet de mieux comprendre le suivi qui est mis en place et leur capacité à prendre du recul sur les projets. Et tout cela bien sur dans une bonne ambiance. Bon après ils attendent pas mal de moi, en fait ils me considèrent comme un professionnel, alors je ne sais pas ce que les Suisses ont raconté ou s’il existe aussi le mythe de l’occidental, mais selon eux je sais tout faire, d’animer un cours d’anglais, à la mise en place d’une communauté virtuelle (sorte de réseau des travailleurs sociaux avec mise à disposition de formation à distance) en passant par les budgets et pis la rédaction du projet pour les demandes de subventions à des bailleurs de fonds internationaux. J’avoue que c’est valorisant d’être pris en considération malgré tout.

Bref, la mission à Yerevan va s’avérer être dans de bonnes conditions. Bon le truc qui me fait un peu peur encore c’est l’approche religieuse, car cela fait plusieurs qu’on me rappelle un peu mon cursus religieux en privé. Bon j’en suis pas encore à faire la prière mais bon ça fait drôle au début.

Hormis le travail, que j’ai pris deux wagons en retard certes, la vie arménienne est toujours aussi agréable, et je reprends mes repères en terme linguistique.  J’ai eu le privilège de rencontrer la famille de Zina, ce fut une rencontre très sympathique et même si le barrage de la langue est de taille, Zina nous a traduit pour Nono et moi, et l’échange s’est installé. Il faut vite qu’on se mette à l’arménien afin de pouvoir converser un peu par nous-mêmes, n’est-ce pas Nono?

Mardi je pars pour Gumri en Avtobùs dans le deuxième centre de formation (qui sans le faire exprès met en place des activités médicales, psychosociales, culturelles et de réseau social…ça ne rappelle rien à personne j’ai même pas fait exprès) et j’y reste jusqu’à la mi juin.

 
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